SÉMINAIRE DU 12 NOVEMBRE 2002 :
DÉMOCRITE
ET LE CORPS EUDÉMONISTE

1/. LES
ANECDOTES ATOMIQUES :
- Hegel et sa théorie des
anecdotes.
- L'anecdote concentre et ramasse
la philosophie - ce sont des sagas miniatures.
- Des saillies mnémotechniques
- Des visualisations à
destination du plus grand nombre
- Les anecdotes qui exposent le
matérialisme abdéritain (Vierge, petits pains, bouclier, miel)
- Les leçons : simulacres et
vérité du matérialisme - pratique d'un genre de philo populaire
2/. L'INVENTION
DU CORPS MATÉRIEL ET MODERNE
- A/. Reprise des
thèses de Leucippe par Démocrite : (le fonds de la pensée matérialiste)
- réel constitué d'atomes
en mouvement dans le vide
- causalité immanente et
matérielle
- tout passe, l'éternité
est une fiction
- seul le changement est
éternel
- les dieux n'existent pas
- monisme
- B/. Invention
du corps matériel :
- constitution du corps : les
atomes somatiques.
- corps anti-pythagoricien
- pas d'âme séparée du
corps
- pas de chair connotée
négativement
- pas d'esprit connoté
positivement
- pas d'immatériel
prisonnier de la matière
- pas de principe divin dans
l'humain
- C/. Sur
l'existence d'une âme matérielle :
- usage des deux termes :
corps et âme
- matérialité et mortalité
de l'âme
- constitution de l'âme :
les atomes psychiques :
- particules lisses et
sphériques arrêtées par rien
- chauffées par
l'agitation
- ce qui produit :
motricité, sensibilité et pensée.
- D/. Agencement
des atomes psychiques et somatiques :
- la psychologie relève de
la physique.
- l'agencement : semblable à
un damier
- contrepoint :
- atome psychique + atome
somatique
- alternance du corps et de
l'âme dans la matière
- pas de localisation de
l'âme : là où est la matière est l'âme.
- la vitalité procède de
l'agencement :
- plus ou moins d'atomes
psychiques et somatiques = vigueur, santé, force , énergie.
- qu'est-ce que la mort ?
raréfaction des atomes les plus chauds, triomphe des atomes les plus
froids
- le squelette est fait
d'atomes somatiques froids.
- E/.
L'allégorie du tribunal : (cf. le texte)
- le corps intente un procès
à l'âme
- demande de rendre des
comptes sur ce qu'il subit à cause d'elle
- via les atomes
incandescents : souffrances, douleurs, blessures.
- la chair obtiendrait
réparation
- nécessité d'une éthique
qui équilibre les deux forces
- cette éthique vise la joie
3 /. LE
PLAISIR PRIS À SOI-MÊME
- A/. Le cap à
fixer : ne rien craindre :
- s'affranchir grâce à la
physique :
- les dieux, la nature et
la mort ne sont pas à craindre
- MÉTHODE :
- B/. Pratiquer
dans une perspective utilitariste :
- le contentement et
l'agréable définissent l'utile
- le mécontentement et le
désagréable fondent l'inutile
- le plaisir n'est pas le
bien, mais il en est le signe, la trace, la preuve
- C/. Penser dans
une perspective sensualiste :
- théorie de la connaissance
au service de l'hédonisme
- le vrai, c'est la
représentation de l'objet
- antiplatonisme radical :
contre la théorie des Idées
- là où est le monde est le
vrai
- Phénomène (objet) +
sensation (sujet) + simulacres = connaissance
- le simulacre existe
indépendamment de toute forme a priori
- sensualisme avant l'heure :
- la connaissance
procède des sens
- l'être, c'est le
perçu
- perspectivisme et
relativisme : primauté de l'individu
- D/.
Expérimenter un genre d'athéisme tranquille :
- pas de fortune divine et
transcendante, mais une causalité immanente (enchaînement de causes
matérielles)
- croyance aux effets du bon
usage de la raison
- E/. Envisager
une diététique des désirs :
- pas de condamnation du
désir et du plaisir en soi - mais relativement aux troubles induits
- D'où :
- 1- ne pas désirer
n'importe quoi - ni n'importe qui, donc...
- 2- ne pas désirer
n'importe comment
- 3- ne pas désirer
n'importe quel type de plaisir
- Éviter les plaisirs qui
aliènent momentanément ou durablement
- Ni excès, ni
intempérance, ni démesure : pas d'abandon aux pulsions
- seul plaisir : le plaisir
pris à soi-même (faire la paix avec soi)
- la joie dans le texte de
Démocrite renvoie à :
- tranquillité de l'âme
- heureuse disposition - bonne humeur - gaieté - santé morale -
fermeté d'âme
- F/. Pratiquer
un eudémonisme de l'évitement :
- savoir chercher le plaisir,
certes,
- mais savoir aussi éviter
le déplaisir, deux temps de l'hédonisme.
- la joie de ne pas souffrir
- comment éviter le trouble
?
- 1/. Ne pas être un bon
époux :
- éviter le mariage
et les investissements dans la vie domestique
- 2/. Ne pas être un bon
père : envisager une stricte métaphysique de la stérilité
- car il est
impossible de réussir une éducation
- une éducation
ratée = une kyrielle de désagréments (ennuis au quotidien,
craintes pour la santé, peur du pire, angoisse...)
- voir le fragment
qui met en perspective masturbation et relation amoureuse :
effets identiques en termes de simulacres - si l'engendrement
nous travaille, plutôt adopter - on peut choisir !
- 3/. Ne pas être un bon
citoyen :
- éviter les charges
politiques, représentatives - autant d'occasions de rencontrer
et de susciter des passions mauvaises
- 4/. Ne pas être un
grec moyen...
- diététique des
passions - éviter jalousie, envie, ressentiment et autres
occasions de trouble - autrui n¹est pas la mesure de moi - car
la mesure c'est l'idéal, et l'idéal, c'est la vie heureuse.
- 5/. Et rire !
- ne rien craindre,
ni personne
- ni dieux, ni
maîtres
- plaisir de
l'autonomie
- alors le rire peut
arriver, libérateur et aristocratique
- il désigne celui
qui sait comment réaliser la joie :
- adhérer au
réel
- aimer la vie
- célébrer le
corps
- n'avoir peur de
rien
- antithèse
d'Héraclite (un autre couple, comme Platon-Démocrite)
- Démocrite le
poète qui rit
- Héraclite
l'obscur qui pleure
- cf. Montaigne,
Essais, livre I, Ch. 50 "De Démocrite et Héraclite"
- topos de la
peinture classique : Jordaens, Rubens, un autoportrait de
Rembrandt sous les traits de Démocrite peignant le visage
d'Héraclite
- notre époque
philosophique est sous le signe d'Héraclite : elle est obscure et
elle pleure
- Qu'on renoue avec la
tradition des philosophes qui rient :
- et l'on retrouvera :
- Démocrite et
les abdéritains
- Aristippe et
les cyrénaïques
- Diogène et les
cyniques
- Epicure et les
épicuriens.
Ceux dont le lignage
aboutit à Nietzsche et Foucault... Seuls ceux qui prennent le monde
au sérieux, mais pas au tragique, rient.... La réputation, une somme
de malentendus.