SÉMINAIRE
DU
MARDI 4
FEVRIER
2003
"Physiologie
d'Epicure
"

1/.
"DEVIENS
CE QUE
TU
ES"
Signification
de
cette
formule
de
Pindare,
Ode
Pythique.
A/.
PARADOXE
:
- Comment
inviter
à
être
ce
qu'on
est
déjà
?
- Escroquerie
existentielle
?
- ce
que
je
suis,
puis-je
envisager
de
le
devenir
?
- Peut-on
désirer
l'avènement
d'un
présent
déjà
effectif
?
- Dans
le
futur,
l'être
en
acte
peut-il
faire
l'objet
d'un
vouloir
autre
que
sa
répétition
pure
et
simple
?
- Peut-on
devenir
autre
chose
que
ce
que
l'on
est
?
- Quelles
relations
entre
cet
autre
et
ce
que
j'aurais
été
?
B/.
"ETRE"
POUR UN
GREC
- Signification
grecque
autre
que
la
nôtre
:
- (Descartes,
l'individu
séparé)
- renvoie
à
une
cosmogonie
particulière
:
panthéiste
et
païenne
- car
le
monde
obéit
à
la
loi
qui
le
fait
être
:
l'individu
aussi
- être
qui,
être
quoi
?
- un
grec
dit
:
je
suis
le
vouloir
du
destin.
- Pas
de
liberté
:
- je
suis
un
fragment
détaché
du
tout
par
la
conscience
- mais
je
suis
confondu
à
ce
tout
- comme
l'oiseau,
l'olivier,
le
fleuve,
l'individu
obéit
au
cosmos,
à
la
mécanique
de
l'univers
- la
liberté
?
une
fiction...
- je
suis
ce
que
cette
force
me
fait
être
:
- voulu
et
non
voulant
- mû
et
non
moteur
- objet
et
non
sujet
- cette
force
ne
s'appelle
pas
Dieu,
Jéhovah
ou
Allah
- pères
fouettards..
- mais
une
puissance
cosmogonique
de
physicien
- Pindare
illustre
la
sagesse
tragique
grecque
:
- soumis
à
une
force
aveugle,
nous
sommes
le
produit
de
cette
soumission
- fragment
régi
par
le
tout
qui
le
détermine
- le lieu de cette soumission ? Le corps...
C/.
"DEVENIR"
(CE QUE
L'ON
EST)
- comment
faire
advenir
ce
qui
est
déjà
?
- comment
commander
ce
qui
me
soumet
?
- comment
s'approprier
ce
qui
me
possède
?
- comment
(ré)introduire
la
liberté
?
- Doit-on
se
contenter
d'assister
à
soi
comme
à
un
spectacle
?
Trois
positions,
trois
possibilités
:
A/.
LE
DÉTERMINISTE
:
-
II -
A/.
CONSTRUCTION
D'UN
SAGE :
- selon
Epicure
lui-même
:
on
ne
devient
pas
sage
à
partir
- de
n'importe
quel
état
corporel
(physiologie
de
la
philosophie)
- dans
n'importe
quel
peuple
(politique
de
la
philosophie)
- le
corps
pense,
dans
une
époque
culturelle
(contre
les
réductionnismes
biologiques
et
marxistes)
- contre
le
platonisme
qui
:
- efface
la
biographie
- dissimule
le
corps
(pièce
à
conviction
gênante)
- récuse
l'histoire
et
la
géographie
- ne
considère
que
la
causalité
idéale
- Epicure
propose
des
causalités
rationnelles
PHYSIOLOGIE
DE LA
PHILOSOPHIE
:
B/.
Théorie
: Le
corps
(du)
philosophe
:
- généalogie
physique
de
la
pensée
(atomes
+
vide)
- la
philosophie
procède
de
la
causalité
atomique
- constitution
des
atomes
:
plus
fins,
plus
volatiles,
- vitesse
des
atomes
:
plus
rapides
que
d'autres
dans
leurs
mouvements,
vibrations,
tourbillons,
chocs,
rencontres,
agrégations...
- la
pensée
(épicurienne)
provient
du
corps
(d'Epicure)
- (pensée
moderne
confirmée
par
la
neurobiologie
contemporaine
et
le
freudisme)
- la
chair
pense,
le
corps
réfléchit,
les
atomes
cogitent.
C/.
Pratique
:
le
corps
d'Epicure
:
1.
Sa
santé
:
- Métrodore,
le
disciple
aimé,
écrit
un
Sur
la
faible
constitution
d'Epicure
- mauvais
état,
fragile,
ignorant
la
"Grande
santé"
:
maladif,
chétif,
malingre,
incapable
d'excès,
hydropique
- Concrètement
:
vit
de
pain,
d'eau,
d'un
quart
de
vin
par
jour
- à
un
disciple
qui
lui
propose
bombance,
demande
un
petit
pot
de
fromage
- (digression
sur
la
diététique
comme
éthique)
- quitte
rarement
sa
litière
(pour
raisons
de
santé
et
non
de
paresse...)
2.
Sa
mort
:
- 15
derniers
jours
alité
(crise
de
pierre
) :
- prend
un
bain
- réunit
ses
amis
- boit
un
peu
de
vin
- fait
des
recommandations
sur
le
devenir
du
Jardin
- puis
meurt,
simplement
- début
de
la
légende
!
3/.
Sa
pensée
:
- de
manière
réactive,
vise
:
- l'art
de
ne
pas
souffrir
- d'échapper
aux
afflictions
- de
connaître
le
plaisir
- de
travailler
à
l'absence
de
troubles
- l'œuvre
comme
sublimation,
compensation,
réaction
- construction
d'une
thérapie,
médication,
médecine
de
l'âme
- on
pense
pour
(sur)vivre.
POLITIQUE
DE LA
PHILOSOPHIE
Comme
le
corps
d'Epicure,
l'époque
est mal
en
point...
1/.
Une
biographie
politique
:
- pauvre,
exilé,
provincial
- natif
de
Samos
en
342/341
av. JC
(périphérie
culturelle)
- père
instituteur
(profession
d'esclave
spécialisé)
- mère
récite
des
prières
- arrive
à
Athènes
en
exilé
(colons
chassés
de
Samos,
obligés
d'accomplir
leur
période
militaire)
- tenu
à
l'écart
des
écoles
philosophiques
dominantes
(platonisme
et
aristotélisme)
- peu
probable,
donc,
qu'il
sacrifie
aux
idéaux
platoniciens
:
- supériorité
d'Athènes
- aristocratisme
viscéral
- élititisme
réactionnaire
- conservatisme
politique
- ésotérisme
pédagogique
- spiritualisme
dualiste
- théisme
architectonique
- société
close
- conseil
au
prince
2/.
Une
biographie
de
l'époque
:
- Athènes
perd
la
bataille
de
Chéronée
(338)
- contestation
de
son
hégémonie,
puis
disparition
- mort
d'Alexandre
(323)
- ses
généraux
se
disputent
le
leadership
- manque
de
travail,
chômage...
- misère
généralisée
- déportation
des
pauvres
dans
des
colonies
- ils
deviennent
vagabonds,
mendiants,
mercenaires,
délinquants
3/.
Epicure
dans
son
époque
:
- Epicure
crée
son
système
dans
ce
contexte
:
- physiquement
fragile
- socialement
déclassé
- dans
un
moment
de
décadence
politique
- achète
le
Jardin
- "
se
changer
plutôt
que
changer
l'ordre
du
monde"
(Descartes)
- l'épicurisme
s'épanouit
dans
une
époque
en
ruine
- construction
de
soi
comme
réponse
à
la
désintégration
du
monde
- synthétise
la
pensée
alternative
qui
le
précède
:
- matérialisme
abdéritain
- hédonisme
cyrénaïque
- ascèse
cynique
- antiplatonisme
- une
véritable
révolution
dans
l'histoire
de
la
philosophie
antique
- puis
dans
toute
l'histoire
de
la
philosophie...
Prochaine
séance
: Une
philosophie
cochonne
?