Université populaire de Caen, Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray - 8ème année

Cours n° 166 - Samedi 8 mai 2010
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« Onanisme, phallocratie, homophobie »

I - PHOBIE DE LA MASTURBATION

  1. CRITIQUE OBSESSIONNELLE DE L’ONANISME

    1. Etonnant, car : lucide sur la répression sexuelle

      • Pourquoi refuser ce palliatif qui ne fait de mal à personne ?

    2. Continuation du Docteur Tissot (1728-1797), L’onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation

    3. 11 séances à la question de l’onanisme entre le 25 mai 1910 et le 24 avril 1912

      • Première séance : « Discussions sur les effets nocifs de la masturbation »

      • Freud : « la neurasthénie est causée par une masturbation excessive » (III.540)

      • Sophisme : les psychanalystes ne critiquent pas la masturbation en soi

        • … mais les fantasmes qui l’accompagnent !

      • La faute est moins dans le geste que dans les mauvaises pensées qui l’accompagnent…

      • L’onanisme est associé (sans preuve) à l’inceste, à l’homosexualité, à la perversion

      • Si l’onaniste ne s’en souvient pas, c’est qu’il a refoulé tout ça

      • L’onanisme renvoie :

        1. au fantasme d’union sexuelle avec la mère

        2. à la copulation avec le même sexuel

          • La sexualité dite normale pour Freud : hétérosexualité génitale

          • La perversion : ce qui s’en détourne

  2. POURQUOI NE FAUT-IL PAS SE MASTURBER ?

    1. Critique :

      1. Acte antisocial :

        • L’individu s’oppose à la société : il montre qu’il n’a pas besoin d’elle

          • Ne se fait pas contre la société, mais sans elle…

      2. Acte trop simple :

        • On s’habitue à ne plus faire d’effort pour séduire et plaire

          • Pourquoi faudrait-il préférer les complications ?

          • Plus ce serait facile, plus ce serait détestable ? Au nom de quoi ?

      3. Acte déréalisant :

        • Le sujet met le réel au second plan et se contente de fantasme et d’imaginaire

          • Qu’est-ce qui prouve qu’un acte sexuel classique soit moins accompagné de fantasmes

          • Pourquoi devrait-on préférer un réel déprimant à un imaginaire réjouissant ?

      4. Acte hédoniste :

        • Difficile ensuite d’accepter les restrictions nécessaires de la société dans la vie conjugale

          • Pourquoi le plaisir serait-il indéfendable ?

      5. Acte régressif :

        • Confine au stade sexuel de l’enfance dans lequel se trouve la nocivité psychique fondatrice des névroses

          • Et pourquoi pas tout simplement sexualité de substitution ?

      6. Acte antinaturel :

        • Il a chez les femmes un caractère masculin

          • Et la théorie de la bisexualité ?

        • Selon Freud : antisocial, simpliste, déréalisant, hédoniste, régressif, antinaturel

          • Pourquoi faudrait-il qu’en matière de sexualité le plaisir soit :

            • Social, compliqué, réel, triste, adulte, naturel …

    2. Défense :

      1. Sexualité substitutive, elle contrecarre l’abstinence qui aurait, sinon, des effets pathogènes

      2. Elle réduit la puissance sexuelle

      3. Elle permet au jeune homme de se consacrer à d’autres tâches

      4. Elle empêche les MST des bordels

        • Mais elle reste tout de même une pathologie…

  3. ONANISME ET FANTASMES

    1. Séance du 22 novembre 1911 (sic) :

      1. L’impossibilité d’une relation sexuelle avec la mère provoque des états dépressifs

        • Ainsi le masturbateur a :

          • Peur des réunions…

          • Tendance à la solitude

          • Manifeste une méfiance excessive

          • Adolescent : « aspiration morbide à la véracité »

          • Friand d’amitié authentique

          • Sans spontanéité

          • Craint d’être observé par tout le monde

          • Dans certaines occasions, ne peut se servir de ses mains

          • A la manie de se sacrifier pour quelque chose

          • Il est soit égoïste, soit hyper altruiste…

      2. Dispositions louables :

        • Inclination à la vertu ou à une perfection morale particulière

        • Choix d’une profession dans les sciences pures

        • « Propreté du langage »

        • Aversion pour tout cynisme

        • Passion pour fixer des dates

        • Peur de l’impuissance

        • Surestimation de la fondation d’une famille

        • Impression, chez les filles, d’avoir perdu leur virginité et de ne plus pouvoir avoir d’enfants

        • « Chaque onaniste incarne en fait deux personnes, sa première nourrice (mère) et lui-même ».

    2. Séance du 6 décembre 1911 :

      1. Onanisme et désir sexuel de sa mère :

        • « Si l’on conçoit l’acte d’Onan dans un sens symbolique, il signifie qu’il a donné son sperme à la Mère (Terre-Mère). Son péché est donc (sic) un inceste » (III.335)

      2. Or, si l’on se soucie de la réalité de cette histoire :

        • Onan répand son sperme sur la terre par refus d’un inceste réel :

          • Dieu l’avait enjoint d’engrosser la femme du frère d’Onan mort

        • Onan, lui, refuse d’avoir une relation sexuelle avec sa belle-sœur

        • Freud refuse la leçon du texte : le refus de l’inceste

        • Et lui fait dire le contraire : l’inceste symbolique par assimilation de la Terre à la Mère

    3. Séance du 23 novembre 1910 :

      • Freud critique l’idée que la culpabilité procéderait de la religion :

        • « Il a été démontré (sic) historiquement (sic) que le sentiment de culpabilité a existé à des époques où il n’était pas encore question de religion » (III.83).

      • La culpabilité renvoie « au mythe scientifique » du meurtre du père…

    4. Séance du 24 janvier 1912 (il y en aura 11…) :

      • Freud n’a jamais renoncé à sa théorie de la séduction

      • Les femmes qui se masturbent réactivent le fantasme du père les ayant séduites dans l’enfance

      • Elles plongent ainsi dans leur activité sexuelle infantile

    5. Séance du 8 novembre 1910 :

      • Persiste sur la dangerosité de l’onanisme :

        • « L’opinion selon laquelle la masturbation est nuisible est étayée par des observations faites par un critique tout à fait objectif (sic) selon lequel l’abêtissement ultérieur des jeunes Arabes était dû à leur masturbation excessive et pratiquée sans aucune inhibition » (III.62).

    6. Séance du 24 avril 1912 :

      •  « Epilogue de la discussion sur la masturbation » :

        • Ramasse ce qui a été dit dans les 11 séances

        • Ajoute que l’onanisme occasionne des dommages organiques – sans dire lesquels

    7. Conclusion :

      • Comment soigner cette pathologie (!) ?

      • Par le psychrophore prescrit le 9 avril 1910 – lettre à Binswanger.

      • A l’époque, le divan est censé soigner toutes les pathologies…

II - PHALLOCRATIE

  1. PHALLOCRATE ET MISOGYNE

    1. Ecrit une Contribution à la psychologie de la vie amoureuse :

      • 1910 : D’un type particulier de choix d’objet chez l’homme

      • 1912 : Du rabaissement généralisé de la vie amoureuse

      • 1918 : Le tabou de la virginité

    2. Du rabaissement généralisé de la vie amoureuse :

      • « Le destin c’est l’anatomie » (XI.140)

      • Simone de Beauvoir a 4 ans…

    3. Traduit Stuart Mill dans sa jeunesse : fustige ses théories féministes

    4. « La nature a donné aux femmes la beauté, le charme et la bonté, qu’elles n’en demandent pas plus » écrit-il à sa fiancée le 15 novembre 1883

      • Freud pense qu’une femme n’a pas à vouloir son autonomie professionnelle, financière

      • Elle doit être une bonne épouse, une bonne mère

      • La physiologie des femmes est une physiologie interrompue par rapport à l’homme

      • L’homosexualité est un inachèvement de l’être lors de son développement libidinal

      • Il existe un trajet normal qui conduit vers l’hétérosexualité monogame, conjugale et familiale

    5. Le tabou de la virginité :

      • Une femme émancipée montre par son affranchissement une hostilité à l’endroit des hommes

      • Quand elle revendique la liberté, elle menace le mâle dans sa superbe

      • La revendication de liberté = menace de castration

    6. Les femmes veulent avoir un pénis

      • Le phallus : voilà le modèle, la loi.

      • « Derrière cette envie de pénis se fait jour maintenant cette rancœur hostile de la femme envers l’homme, qu’il ne faut jamais totalement méconnaître dans les relations entre les sexes et dont les signes les plus nets se rencontrent dans les aspirations et les productions littéraires des ‘émancipées’ » (XV.93).

      • L’infériorité physique de la femme dans l’acte sexuel au début de l’humanité l’a soumise à la domination masculine

      • L’inconscient en conserve la trace

      • D’où ce ressentiment transmis de façon phylogénétique…

    7. La question de l’analyse profane :

      • « La vie sexuée de la femme adulte n’est-elle pas d’ailleurs un dark continent pour la psychologie ? Nous avons reconnu que la fille ressent péniblement le manque d’un membre sexué égal en valeur au membre masculin, se considérant pour cela comme de valeur inférieure, et que cette ‘envie de pénis’ constitue l’origine de toute une série de réactions féminines caractéristiques » (XVIII.36).

      • Tout le problème des femmes vient de ce qu’elles ne sont pas des hommes…

  2. LE COMPLEXE D’ŒDIPE CHEZ LA PETITE FILLE

    1. Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique (1925)

    2. De la sexualité féminine (1931)

      1. Affirme que la petite fille désire sexuellement son père :

        • Parle d’un « souhait d’avoir du père un enfant » (XVII.194-195)

      2. Il manque un pénis à la petite fille :

        • La petite fille « remarque le pénis, visible de manière frappante et bien dimensionnée, d’un frère ou d’un compagnon de jeu, le reconnaît aussitôt (sic) comme la contre partie supérieure de son propre organe, petit et caché, et elle a dès lors (sic) succombé à l’envie du pénis » (XVII.195)

        • Chez le petit garçon, le sexe ne peut être que frappant et bien dimensionné

        • Chez la petite fille : petit et caché

        • Dans l’Abrégé de psychanalyse :

          • Clitoris = petit pénis caché : « rudiments rabougris et souvent sans emploi » (58) des filles.

          • Les « organes génitaux » du petit garçon s’opposent au « pénis rabougri » (64) des filles.

        • Conséquences psychiques de la différence des sexes :

          • Le corps féminin est « une créature mutilée »

      3. Voyant l’absence de pénis chez la fille, le garçon découvre la menace de la castration :

        • S’il se masturbe, ou désire sexuellement sa mère, on lui coupera le sexe

        • Or tout le monde se masturbe et le garçon désire sa mère, donc..

      4. Le corps féminin, sans pénis, est mutilé : être une femme est une punition…

        • Phallus magistral contre pénis manquant…

      5. Voir le pénis manquant, c’est désirer le pénis

        • Disserte sur la blessure narcissique, le sentiment d’infériorité, la cicatrice…

        • La petite fille espère qu’un jour elle possèdera cet organe

      6. La petite fille peut aussi, dans une logique de déni, affirmer qu’elle possède un pénis

        • Et se comporter comme tel

        • D’où l’homosexualité…

      7. Face à l’absence de pénis la petite fille peut :

        1. Rejeter sa sexualité

          • Développer un ressentiment contre la mère et un amour du père

        2. Choisir le père comme objet et vouloir un cadeau de lui…

          • Le renoncement au pénis s’effectue au profit d’un nouvel investissement : l’enfant

          • La femme « abandonne le souhait du pénis pour y mettre à la place le souhait d’un enfant et prend dans cette intention le père pour objet d’amour » (XVII.199).

          • La mère devient alors un objet de jalousie

          • Le complexe d’Œdipe fonctionne bien de deux façons :

            • Mode masculin : le fils veut un enfant de sa mère

            • Mode féminin : la fille veut un enfant du père.

  3. PARTICULARITÉ DU FÉMININ

    1. Ce développement œdipien spécifique met à jour des traits de caractère spécifiquement féminins :

      • Dès lors « des traits de caractère que la critique a depuis toujours reprochés à la femme, à savoir qu’elle fait montre d’un moindre sentiment de la justice que l’homme, d’une moindre inclination à se soumettre aux nécessités de la vie, qu’elle se laisse plus souvent guider dans ses décisions par des sentiments tendres et hostiles, trouveraient un fondement suffisant dans la modification de la fonction du surmoi » (XVII.201).

      • Freud avalise donc les lieux communs misogynes :

        • Les femmes ignorent la justice

        • Elles indexent leurs comportements sur leurs sentiments et leurs passions et non sur la raison et l’intelligence

        • Dès lors, pas question de se laisser « fourvoyer par la contestation des féministes, qui veulent nous imposer une complète parité de position et d’appréciation entre les sexes » (XVII.201).

    2. De la sexualité féminine :

      • Le pénis est la loi

      • Donc double sexualité chez les filles :

        • Pour accéder à sa sexualité, la femme doit renoncer à la masturbation clitoridienne, reliquat masculin, au profit d’une sexualité vaginale

      • Trois essais sur la théorie de la sexualité : le ratage du passage de l’une à l’autre cause névroses et hystérie chez les femmes.

    3. Une excision ontologique :

      • Comment séparer clitoris et vagin ?

        1. Jouissance clitoridienne défendue parce que masculine :

          • Mauvaise sexualité régressive…

        2. Jouissance vaginale obligatoire parce que féminine :

          • Bonne sexualité mais, comme par hasard, elle nécessite une habileté masculine dont peu d’hommes semblent capables.

III - HOMOPHOBIE


Bibliographie