Université populaire de Caen, Contre-histoire de la philosophie par Michel Onfray - 8ème année

Cours n° 161 - Lundi 8 mars 2010

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« Les ressorts du divan »

1./ GLOSSOLALIE ET PSITTACISME

  1. Autant d’interprétations d’un même rêve que de psychanalystes
  2. La croyance au pouvoir de la pensée symbolique :
  3. D’où l’invention d’une langue nouvelle :
  4. L’inconscient est une énigme à déchiffrer
  5. Face à une glossolalie :
    1. Rire et proclamer la nudité du Roi : démystifier
    2. Le psittacisme : s’agenouiller et prier.
  6. Penser symbolique, pensée sectaire et psittacisme

2./ TECHNIQUE SOPHISTIQUE (1) : LE REVE

3./ TECHNIQUE SOPHISTIQUE (2) : EXEMPLE CLINIQUE

4./ TECHNIQUE SOPHISTIQUE (3) : NON=OUI

5./ TECHNIQUE SOPHISTIQUE (4) : « L’ATTENTION FLOTTANTE »

  1. LES DEUX PSYCHANALYSES :
  2. LE DIVAN :
    1. L’objet qui dit la psychanalyse
      • Lit qui n’en est pas un, fauteuil anamorphosé en lit, boudoir viennois recouvert de tapis avec un oreiller
      • Derrière, un homme qui écoute, ne dit rien ou parle très peu et empoche une somme en liquide
      • Le divan effectue le passage entre « la » et « une » psychanalyse.
      • Des mots aux maux
    2. Que se passe-t-il sur ce divan ?
      • « Il ne se passe rien d’autre que ceci : ils se parlent » (XVIII.9) La question de l’analyse profane.
      •  Pas d’examens cliniques, d’auscultations, de matériel médical, d’ordonnance, de médicaments
    3. S’installer confortablement sur le divan, comme si le patient devait dormir
      • Position de franche décontraction, le dos légèrement relevé
      • Eviter les efforts musculaires
      • Et toutes les sollicitations sensuelles et sensorielles
    4. Dès la 1ère séance, l’analyste sollicite une parole libre, sans censure, sans souci de la cohérence
      • Arrêt de tout traitement chimique
      • Aucun tiers dans le cabinet
    5. Pourquoi derrière le divan ?
      • Argument théorique : pour éviter la contamination des inconscients
      • Ne supporte pas d’être regardé pendant 8 heures
      • Raison pratique : lettre à Fliess du 15 mars 1898 : « je dors pendant les analyses l’après-midi »
      • Des patients témoigneront : dont Helen Deutsch, future psychanalyste, de deux endormissements de Freud…
    6. Est-ce grave de s’endormir ?
      • Non : l’analyste peut dormir car il se sert « de son propre inconscient comme d’un instrument », Conseils aux médecins sur le traitement analytique (67) ;
      • Freud ne détaille pas sur ce fonctionnement des inconscients quand l’un dort…
      • Mais, pensée magique…
    7. Le psychanalyste n’a pas de plan, ne prend pas de note pendant la séance
      • Pas besoin de se concentrer rigoureusement sur la parole
      • Il faut « une attention flottante » (62), une écoute distraite qui évite de se polariser sur une chose plutôt qu’une autre.
      • Pendant 8 heures, il laisse faire sa « mémoire inconsciente »
    8. Qu’est-ce qui se dit lors de la première séance ?
      • Gratuite, le psychanalyste examine la possibilité d’une analyse
      • Fixe les heures et les jours
      • Toute séance non honorée est due
    9. Quand est-ce terminé ?
      • L’analyste et l’analysé peuvent mettre fin quand ils veulent
      • En théorie, l’analyse dure « de six mois à trois ans », La méthode psychanalytique de Freud
      • L’homme au loup aura été analysé pendant plus d’un demi-siècle…
    10. Qui peut être analysé ?
      1. Déconseillé à :
        • Personnage confus
        • Dépressif mélancolique
        • Constitution dégénérée
        • Patient dépourvu de sens moral
        • Patient sans intelligence
        • Individu au-delà de la cinquantaine
        • Pas d’âge minimum
        • La personne conduite par un tiers
        • L’anorexique hystérique
        • Dans L’intérêt que présente la psychanalyse : « dans les formes les plus graves des troubles mentaux proprement dit la psychanalyse n’arrive à rien sur le plan thérapeutique » (XII.99).
      2. Conseillé à :
        • Dans De la psychothérapie : « Il nous est agréable de constater que c’est justement aux personnes de plus grande valeur, aux personnes les plus évoluées, que la psychanalyse peut le plus efficacement venir en aide » (18).
        • « Dans le cas où une psychothérapie analytique n’apporte qu’un faible secours, toute autre méthode aurait à coup sûr (sic) échoué totalement » (18)
        • La psychanalyse ne soigne pas tout, mais ce qu’elle ne soigne pas, les autres ne le guérissent pas non plus – et elle obtient plus que les autres méthodes…
      3. Déconseillé aussi aux pauvres :
        • L’analyse, trop coûteuse pour eux
        • Contraints de gagner leur vie, les pauvres ont moins le temps de se réfugier dans la névrose…
        • « Le névrosé pauvre ne peut que très difficilement se débarrasser de sa névrose. Ne lui rend-t-elle pas, en effet, dans la lutte pour la vie, de signalés services ? Le profit secondaire qu’il en tire est très (sic) considérable. La pitié que les hommes refusaient à sa misère matérielle, il la revendique maintenant au nom de sa névrose et se libère de l’obligation de lutter, par le travail, contre sa pauvreté », Le début du traitement (92).
        • Précision : Freud avait commencé son article en écrivant : « Tout en étant fort éloigné de tenir ascétiquement l’argent pour méprisable », etc.
    11. Donc écarter :
      • Les pauvres
      • Les gens trop mal portants
      • Et préférer :
        • Les intellectuels
        • Les riches
        • Les gens bien portants
      • Alors le succès est envisageable…
    12. Quelles sont les conditions du succès ?
      • Leçons d’introduction à la psychanalyse : la confiance, la patience, la docilité, la persévérance
      • Pour guérir, le patient doit croire que le thérapeute va le guérir…
      • L’analyste doit en imposer à son patient
      • Dans Les chances de l’avenir de la thérapie psychanalytique :
        • « Nos chances thérapeutiques augmentent quand la confiance générale se tourne vers nous » (69)
      • Freud raconte qu’au début, quand les patients arrivaient chez lui et voyaient la modestie de son intérieur, son peu de renom et ses manques de titres universitaires, ils doutaient de son pouvoir…
    13. Qu’est-ce qu’un bon analyste ?
      • La question de l’analyse profane :
        • « Le névrosé se met au travail parce qu’il accorde la croyance (sic) à l’analyste » (50)
      • Dès lors « le facteur personnel » (44) joue un rôle considérable. Il faut à l’analyste « une certaine finesse d’oreille » (44) qu’on n’acquiert que par la pratique…
    14. Comment est-il formé ?
      • Deux années, non par la théorie, mais par une analyse didactique
      • Connaître sa psyché pour éviter la projection…
      • Analyste analysé par un analyste ayant été analysé…
      • Freud, leur Père à tous…
      • Tous les 5 ans, il vient se faire former à nouveau
    15. Que dit l’analyste ?
      • Peu de choses. Il n’intervient pas, ou peu. Il ne questionne pas. Ne sollicite ni ne suscite. Ne donne aucun conseil, sauf cas exceptionnels.
      • Qu’est-ce qui nous assure que son silence est juste, idem pour ses paroles ?
      • Une « question de flair » (44), ou bien une « équation personnelle » (44).
    16. Qu’est-ce qui prouve qu’on n’a pas affaire à un charlatan ?
      • Theodor Reik convoqué en 1924 pour charlatanisme accusé par Wilhelm Stekel
      • Le Dr. Reik et le bousillage de la cure : défend la pratique par des non médecins.
      • Défend le pouvoir des mots et revendique l’enchantement :
        • « Après tout le mot à l’origine était un enchantement, une action magique, et il a conservé encore beaucoup de son ancienne force » (XVIII.10)
      • Echange verbal = action magique…
      • Le charlatan n’est pas celui qui n’a pas de diplôme, mais « celui qui entreprend un traitement sans posséder les connaissances et les capacités requises » (XVIII.56)
      • « Les médecins fournissent aux charlatans le plus fort contingent » (id.)
      • Freud décide de qui doit être analysé, qui non.
      • L’Etat n’a pas à mettre son nez dans les affaires des psychanalystes.
      • Statistiques de guérison impensables (XIV.478)
    17. La guérison, est-ce la priorité ?
      • Non…
      • L’analyse doit se faire « dans un état de frustration » (135)
      • Les souffrances ne doivent pas disparaître trop rapidement
      • Un succès trop rapide risque de détruire les symptômes sans que le temps ait été pris d’accéder à leur cause.
      • Risque de voir réapparaître ces symptômes.
      • Haine des américains chez Freud
      • Le souci ? Non pas la guérison, mais l’avancée de sa science
      • « Nous avons le droit, et même le devoir, de pratiquer la recherche sans prendre en considération un effet utile immédiat. A la fin – nous ne savons ni où ni quand -, cette petite parcelle de savoir se transposera en pouvoir, et même en pouvoir thérapeutique. Si la psychanalyse, dans toutes les autres formes d’affection nerveuse et psychique, présentait aussi peu de succès que dans les idées délirantes, elle resterait quand même un moyen irremplaçable de recherche scientifique » (XIV.264), Leçons d’introduction à la psychanalyse.

CONCLUSION


Bibliographie